De Canet à Minorque

Jeudi 8 août 2019

Ce matin, Aldo et Nicole nous ont conduits de la maison jusqu’à Canet en Roussillon, où nous avions laissé Jasmin. La voiture était pleine de vivres, en prévision des semaines qui viennent.

Nous avions conduit Jasmin à Canet il y a une quinzaine de jours. Objectif : pose des quatre panneaux solaires (4x350W, 3.710€), d’un hydrogénérateur Watt&Sea 600W (6.666 € posé), d’un gestionnaire de batteries, de ventilateurs un peu partout. Et changement des deux chargeurs 230/24V (4.763€ avec pose des ventilateurs). Le premier était HS depuis longtemps, sans que je le sache. Le second en train de rendre l’âme ! Et hormis l’alternateur 24V du moteur, eux seuls peuvent charger les batteries indispensables à toute l’électronique de bord et aux équipements de navigation : winches, enrouleurs, etc.

Un petit coup de 15.000€, à rajouter aux plus de 7.000€ du portique : l’autonomie énergétique est une option onéreuse sur un voilier. Sans compter que l’année prochaine, je vais changer et étendre le parc de batteries !

Jasmin nous attend sur le quai technique, tout semble OK, tout fonctionne L’après-midi est consacré au rangement des tonnes de choses que nous avons achetées. Nous avons prévu d’aller deux à trois semaines aux Baléares, avec, pourquoi pas, un retour par la Corse.

Vêtements, bouffe, équipements : il y en a partout. Nous avons ouvert tous les coffres : tout est rentré, à l’aisé !

Jasmin installé sur le quai technique de Canet

Je profite de la soirée pour réinstaller le support de la perche IOR, pour ranger un peu l’extérieur, reposer la bouée couronne, ranger la soute, suspendre les combis de plongée dans la soute avant…

Je nettoie aussi la sonde du loch, coincée. Le clapet anti-retour ne fonctionne plus, je prends une douche : des litres d’eau de mer rentrent à gros flot dans le bac de notre chambre ! C’est plus impressionnant que grave : tout s’évacue sous le plancher du carré, au niveau de la quille et est évacué par la pompe vide-cale.

Je change aussi le filtre du déssalinisateur, noir et malodorant. Il est vraiment important de le rincer à l’eau douce après chaque utilisation, et de le vérifier à chaque sortie !

Une chose en entraînant une autre, l’extinction des feux se fait à minuit. Première nuit à bord…

Vendredi 9 août

Départ de Canet en Roussillon, direction Fornells, à Minorque !

Réveil à 8h, il fait gris, chaud et humide dehors : il faudra que je pense à acheter un ou deux déshumidificateurs…

Petit déjeuner. Je prends une dernière fois la météo : pas de vent ce matin et vent de sud fraîchissant vers le Cap Creus en fin d’après-midi. En gros, onn va avoir le vent contre nous…

Du coup je vais prévoir un routage en deux tronçons : 120°, SE, sur environ 40NM d’abord. Ça devrait nous permettre d’éviter le Cap Creus et son vent fort. Puis direction Minorque. Tant pis pour le paysage…

11h15 – 42°39’N, 3°10’E. Il fait beau, vent réel à 3,6kts, mer plate, pas de vague, visi >10NM. Quelques entrées maritimes droit devant nous, aucun autre bateau à l’horizon. Nous avons le vent légèrement de face, et filons à 5/6kts. Alors nous restons au moteur… Nous devrions toucher notre waypoint vers 16h30…

11h45 : je relève l’hydrogénérateur : on est au moteur, il est donc inutile. Il est chaud : je pense qu’à l’arrivée, au
mouillage, il faudra le laisser un peu dans l’eau pour refroidir.

J’observe que nous gagnons 1/2kt après l’avoir relevé. Nous toucherons notre WP vers 16h.

12h45 : j’ai démarré le dessal il y a une heure, il m’a fait une centaine de litres d’eau douce, ça devrait suffire. Je rince le filtre à l’eau douce… L’horamètre indique 112,1 heures…

Le vent fraîchit depuis qu’on est passé sous les « entrées maritimes » et que nous sommes ressortis au soleil.

Vent apparent : 18kts, Vent réel : 13kts seulement. Mais dans le nez. Quelques vagues. 28° dehors…

Je suis allé emmailloter le pied de la trinquette avec une ancienne écoute de génois, afin d’essayer d’éviter de coincer les écoutes lors des changements de bord.

13h05 : VA 21kts, VR 17kts, SOG 5kts, vent dans le nez.

Soudain, alors que nous sommes sous pilote depuis 3h, Jasmin vire sur tribord et …entame un demi-tour complet ! Presque un tour en fait… J’ai peur d’avoir perdu le safran (ce qui est idiot, nous sommes au moteur, vent dans le nez : si je perds le safran je ne m’en rendrai quasiment pas compte).

Je passe au point mort, je coupe le pilote. La barre est légère, normale. Je la met bien au centre, passe en marche avant lente. Je tourne lentement la barre : tout est OK.

Je fais donc demi-tour pour reprendre notre route, et on repart… Un bug du pilote automatique, probablement. Sans grande conséquence ici, mais avec plus de vent et sous voiles, ça aurait pu être scabreux !

13 :30 : on capte toujours la 4G, alors je prends une météo récente, modèle Arôme à maillage fin de Météo France. Je change un peu mon routage : cap au 160°, SSE. Le vent devrait bientôt tomber. Une fois atteint notre nouveau waypoint je pense qu’on pourra prendre plein Est, sous voile, dans du 15 à 20kts au près. Ensuite on tirera sur l’autre amure sur un second WP : celui prévu initialement.

WP1 : 42°23/3°28, prévu vers 16h
WP2 : 42°21/3°50, prévu vers 18h

Jasmin avance bien, à environ 5 nœuds, le moteur tourne bien, pas trop vite : nous avons le temps. Les vagues, peu élevées, nous arrivent quasiment de face et notre gros voilier enfourne et rebondit parfois dans une gerbe d’écume.

Parions que nous irons plus vite sous voiles qu’au moteur…

15h : Le ciel est gris depuis deux heures déjà. Toujours vent debout, VA 18kts, VR 13kts, SOG 5,5kts. La mer est un peu formée, on a des creux allant jusqu’à 1m.

J’ai fait à manger. Deux petits verres de riz : c’est beaucoup trop ! Morue fraîche, cuite 10min à petit bouillon, puis 5 à 7 minutes dans le lait de coco (400cl) amélioré au curry : un régal !

Après avoir débarrassé on décide de passer sous voile, direction Fornells.

16h10 : ciel bleu à nouveau. J’ai calé le pilote sur Fornells. On a toujours le vent pile dans le nez, donc rester sous voiles n’est pas une option…

42°23/3°34, VA 4kts, VR 1kt, SOG 5,3kts. Mer 2m, peut-être un peu plus…

Jasmin me fait une nouvelle fois un début de demi-tour. Par bâbord ce coup-ci. Sans raison.

16h30 : Le vent faiblit nettement. VR 1 à 6 kts, VA 8 à 12kts. Les vagues, la houle de face (comme le vent). Souvent Jasmin enfonce son étrave dans l’eau. Impressionnant !

19h20 – 42°08/3°37 – VR 8 à 15kts, VA 13 à 18 kts, SOG 5kts, toujours vent debout…

Demi sieste dehors durant deux heures. Le ciel s’est couvert, il fait moins chaud, la mer est devenue grise et plus d’un bleu profond.

Toujours vent de face, et évidemment les vagues dans le nez : ça tape bien à l’étrave !

À l’horizon, quelque part vers l’ouest, peut-être sur l’Estartit, un grain arrose copieusement… Il est temps de remettre un pantalon et d’enfiler le gilet…

20h – Béa prend son repas

21h45 41°533/3°41 VR 5 VA 12 SOG 7 kts !

Le ciel est dégagé devant nous, mais bien couvert derrière. La mer est toujours bien formée. Le pilote automatique est en mode « conservation de cap » sur 168°

22:20 Nous croisons la route d’un paquebot, le « Spirit of Discovery ». Il vient de tribord, je l’ai vu depuis 1h. Nous sommes en routes de collision ! J’allume le radar : il me voit sur son AIS, il me verra mieux sur son radar, et je veux être certain qu’il ne voit bien.

Je décide de virer franchement sur tribord pour lui passer derrière : il vire sur babird pour faire pareil !

Puis il reprend sa route, droit sur moi.

Il est tout près !

Je vire à nouveau nettement sur tribord et lui passe derrière, à moins de 100m.

Les vagues de son sillage nous secouent un peu : il est temps de reprendre notre itinéraire.

23:00 Béa est descendue se coucher, en bas, dans la cabine, je lui ai allumé le chauffage…

23:10 41°44/3°43 VR 8 VA 15 SOG 7,7 vent dans le nez. Mer calme, mais houle dans l’étrave.

J’utilise le minuteur de cuisine pour un réveil toutes les 20 minutes. RAS Ciel clair, demi lune montante.

Minuit : Béa vient me relayer pour 2h. On prend chacun une radio en cas de besoin. Je m’installe dans le carré, ouvre deux hublots : c’est étouffant. Dodo…

2:00 : relève. La VHF a reçu plusieurs alarmes ASN, le bip est insistant, pénible : relire la doc à ce sujet (NB : on ne peut pas couper ces foutues alarmes !) Ce sont probablement des bulletins météo, mais on capte parfois des alertes distantes de plusieurs centaines de km !

Dehors il fait doux, 26°. Le ciel est plein d’étoiles.

(Probablement 4:00) 41°17/3°51 VR 5 VA 10 SOG 7,5, 74 NM à courir, ETA (heure d’arrivée prévue) 13h15…

Je redescendrai à 6h. Tout est humide dehors.

De demi-heure en demi-heure mes 3h de quart se passent bien. RAS.

3:30 : je croise un nouveau paquebot ! « Cruise Barcelonia ». J’attends de l’avoir passé pour me reposer. Je suis quand même surpris : de nuit, en pleine mer, sur une étendue considérable, passer deux fois à portée de voix d’un paquebot a quelque-chose de surnaturel…

5:00 à l’est le ciel s’éclaire déjà

5:30 Orion se lève, la nuit s’en va

6:00 Je repasse l’électronique en mode « jour » pour Béa. Il fait de plus en plus clair.

40°46/3°56 VR6 VA4 SOG 7

Mer calme, la houle est légère. 53NM à courir, ETA 13h30

6:30 : dodo

9:30 réveil. J’ai bien dormi, dans le carré.

Il fait chaud et humide dehors, il y a plein de moutons dans le ciel, qui devraient se dissiper dans le temps.

40°30/4°03 VR 10 (140°) VA 6 (112°)  SOG 7,6. 26NM à courir, ETA 13h15. Toujours au moteur…

Gazole : je vide quasiment R2 dans R1 : 300l engloutis depuis notre départ de La Grande Motte. Pour un temps de trajet indicatif de 24h depuis Canet, et de 6h durant la liaison LGM-Canet. Soit 30h. Environ 10l/h, avec quelques heures de générateur au passage. C’est beaucoup…

Note pour moi : penser à noter les heures d’utilisation des appareils !

Petit déjeuner dans le cockpit : céréales, lait, jus d’orange.

Le vent a tourné, il est passé NE. Je propose de passer sous voiles (enfin), avec le gennaker. VR 12kts

Je me prépare : gilet, gants, chaussures. J’installe le bout dehors : un peu encombrant. Plus facile à faire à deux au mouillage que seul en mer.

On sort le gennaker de la soute : Béa à la manœuvre de la drisse de spi pour le soulever, moi qui aide à le sortir et à le déposer sur le pont.

Mise en place à tribord.

J’ai mis le moteur au point mort pour la préparation à l’avant : c’est plus sécurisant.

On sort la GV, face au vent, puis demi-tour.

Béa déroule le gennaker, je vérifie à bâbord que la bosse est bien libre. Il n’y a plus qu’à régler tout ça.

Le pilote a du mal : je prends la barre. C’est mieux, mais un peu technique. Je donne la barre à Béa : elle a du mal.

J’essaie de descendre l’hydrogénérateur : pas moyen, on avance trop vite. Moteur coupé je réactive les panneaux solaires et je récupère la barre.

ETA : 14h15…

12:06 terre en vue. Restent 12NM à parcourir

13:10 : 40°12/4°09, VR 10-13, VA8-10, SOG 5-6, ETA 14h30

Durant un certain temps, j’ai barré au près (VA 105/115°). On a filé 7,5 à 5,5 kts.

Je suis passé au travers : 10kts !

J’ai remis le pilote en suivi de cap : mieux vaut rester présent, parfois il part…

On a essayé de rentrer le gennaker environ 1h avant d’arriver. Grosse galère ! J’ai essayé bout au vent, mais impossible : il prend le vent rapidement, rendant la manœuvre dangereuse. D’ailleurs, ce faisant, l’étai s’est détendu : probablement pas assez étarqué à la mise en place.

Il a fallu passer vent arrière, après avoir rentré la GV qui nous faisait trop giter lors du demi-tour ! Il y a des manœuvres à vérifier et à pratiquer !

On a trouvé un coin pour mouiller sans problème.

Canet-Fornells : 181NM – 28h50

J’ai inauguré mon orin automatique : fausse manip, il est passé sous le bateau et a été sectionné par le coupe-orin de l’hélice ! Perdu…

On a gonflé l’annexe, installé le moteur. Démarrage au 1er coup ! On embarque les rames pour faire une petite balade, histoire de décompresser. 2 minutes après : panne ! On rentre à la rame… J’avais juste basculé le robinet du réservoir sur « nourrice » au lieu de « réservoir interne ». 2e tentative OK : il est 17h.

J’ai essayé de fixer l’annexe sous les bossoirs : c’est long et pas convaincant, les manivelles et la crémaillère rendent la manœuvre aisée, mais pénible à la longue. Je laisse donc l’annexe derrière Jasmin, on verra une autre fois.

NB : Trouver comment l’attacher !

L’escalier d’accès à la poupe est abîmé : la soute a été refermée par-dessus. La marche inférieure est éclatée, les vis sont tombées dans la soute, la structure en inox est tordue ! C’est arrivé au chantier à Canet, ils se sont bien gardés de nous en parler. Désormais la soute se ferme mal…

22:40 : dodo ! J’ai réservé 3 nuits à Mahon avec Navily, on ira demain…

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Investir dans les voyages, c’est investir en soi-même.

Matthew Karsten